PAUSE | Shun Okada
19 Mars – 5 Avril 2026
Conçue comme la plus vaste exposition personnelle de Shun Okada à ce jour, cette présentation réunit des peintures récentes et un ensemble de grandes œuvres réalisées en 2015. Plutôt que de retracer une évolution linéaire, l’exposition propose une lecture en boucle : une circulation continue entre passé et présent, où les œuvres antérieures ne fonctionnent pas comme des origines, mais comme des composantes actives d’un système momentanément suspendu.
Ce qui peut apparaître comme de l’abstraction dans le travail d’Okada n’est pas un choix stylistique, mais le symptôme visible d’un système sous tension. Ancrées dans la logique des premiers jeux vidéo et des environnements pixelisés, ses peintures ne citent pas l’imagerie numérique : elles en poussent les structures jusqu’au point d’interruption. Le pixel n’est plus une unité d’image, mais une unité de mémoire, chargée de répétition, de latence, d’erreur et d’accumulation.
Shun Okada ne peint pas des jeux ; il peint ce qui reste lorsque la progression est mise en pause. Ses œuvres existent dans un état suspendu, où l’avancée se rompt sans disparaître. Le temps ne s’écoule plus vers l’avant, l’espace devient instable, et un bruit visuel émerge — fait de densité, d’interférences et de résidus.
Si sa pratique est profondément nourrie par la culture numérique, elle demeure solidement ancrée dans la peinture. En dialogue avec les traditions impressionnistes et postimpressionnistes, Okada construit ces perturbations par un processus physique et minutieux, élaborant ses surfaces à l’aide de coups de pinceau horizontaux à l’huile, déposés millimètre par millimètre. De subtiles variations apparaissent alors au cœur de l’image, là où le contrôle et l’instabilité coexistent.
Cette approche inscrit Okada dans une génération post-Superflat, tout en l’éloignant des esthétiques fondées sur la surface. Là où le Superflat privilégie la planéité et la clarté, Okada travaille par saturation, compression et fracture. Ses peintures ne réduisent pas l’image : elles la surchargent. La surface devient un espace de pression, où la logique numérique entre en collision avec la résistance matérielle de la peinture à l’huile.
Les grandes œuvres réalisées en 2015 occupent une place centrale dans l’exposition. Loin d’être présentées comme des œuvres de jeunesse, elles fonctionnent comme un matériau source. Excessives et instinctives, elles contiennent déjà les tensions qui structurent encore aujourd’hui la pratique d’Okada. Relues depuis le présent, elles révèlent que l’avenir de son travail y était déjà inscrit, en attente de réactivation.
Né en 1992 à Ibaraki, au Japon, Shun Okada s’est formé à la peinture à la Tokyo Zokei University avant d’achever ses études supérieures à la Tama Art University. Son travail a été présenté à l’international, notamment à Tokyo, Hong Kong, Paris, Séoul, Moscou et Los Angeles.
Dans cette exposition, la pause n’est pas vide.
Elle est chargée, saturée, irrésolue.
La progression est suspendue — et ce qui reste devient bruit.
Exposition
Du 19 au 5 avril de 11h à 19h
(Ouvert du Mardi au Samedi)
Vernissage
Mercredi 18 mars, de 17h à 21h
Galerie Sato
58 rue Charlot, 75003 Paris
